Le regard de peintre de Bertrand Sallard se porte avec acuité sur les trois axes de sa vie : la musique, la méditation, la nature. Ces claviers de lumière sont autant de moments fugitifs, traits fulgurants jetés à la hâte sur le papier de peur de perdre cette impression intense qui ne dure qu'un instant — notes de clavecin, forêts alignées de couleurs où l'on marche tel un somnambule ivre de clarté intérieure chevauchement d’impressions trop rapides pour être détaillées. Elles jaillissent comme l'eau dans le désert, comme ces lumières tremblantes dans la chaleur du port d'Agadir lorsqu'il était enfant. Elles sont dures, pavanes et gaillardes, comme il est dur de regarder la clarté. Il y a dans cette écriture musicale des couleurs comme un entêtement, trépignement de longs rubans, sonorités de contrastes, grandes bandes colorées, accords vibratoires qui cherchent à emprisonner l'instant et à nous montrer l'émerveillement de la tessiture de la lumière, trame renouvelée sans répit, variations de l'être et petites observances du quotidien.

 

Catherine Delamarre

BERTRAND SALLARD